Ménopause, andropause et sexualité : une nouvelle page à écrire ensemble

Ménopause, andropause et sexualité : une nouvelle page à écrire ensemble

La sexualité a-t-elle une date de péremption ? La question pourrait faire sourire si elle ne révélait pas un tabou profondément ancré dans notre société : celui d'une vie intime réservée aux seuls corps jeunes et fertiles. En cabinet, je reçois régulièrement des hommes et des femmes de 50, 60, 70 ans qui s'interrogent — parfois avec culpabilité, parfois avec colère — sur ce qu'ils vivent dans leur corps et dans leur couple. Pourtant les chiffres sont sans équivoque : 82 % des hommes de 50 à 59 ans ont eu des rapports sexuels en 2023, et 70 % se déclarent satisfaits de leur vie sexuelle, selon l'enquête nationale CSF 2023 (ANRS-Inserm, publiée en novembre 2024). La sexualité ne s'arrête pas à la ménopause ni à l'andropause. Elle se transforme — et cette transformation, bien accompagnée, peut ouvrir une page nouvelle.

Ce que la ménopause change vraiment

La ménopause survient en moyenne à 51 ans en France et concerne aujourd'hui plus de 10 millions de Françaises. Elle correspond à l'épuisement du capital d'ovocytes et à la chute des œstrogènes et de la progestérone. Sur le plan sexuel, les effets sont réels : l'excitation devient plus lente à se déclencher, la lubrification vaginale diminue, les orgasmes peuvent être plus brefs ou légèrement douloureux, et le désir fluctue.

Mais dans ma pratique quotidienne, j'observe tout autre chose. Libérées de la contrainte des grossesses et des règles, de nombreuses femmes vivent après la ménopause une renaissance érotique qu'elles n'avaient pas connue à 30 ans. Elles osent enfin nommer leurs désirs, poser leurs limites, explorer leur sensualité avec une liberté nouvelle. Comme je le formule souvent à mes patientes : des troubles qui semblent liés à la ménopause sont parfois davantage liés à la qualité du couple, à l'histoire personnelle, à des blessures que la Gestalt appelle des Gestalts inachevées — ces situations du passé non résolues qui continuent de parasiter le présent.

Le traitement hormonal substitutif (THS), prescrit par un gynécologue averti, reste une option thérapeutique sérieuse pour atténuer sécheresse vaginale, bouffées de chaleur et baisse de libido. Ce n'est pas une obligation, mais une possibilité à discuter individuellement en fonction de chaque profil de santé.

L'andropause : le tabou masculin

L'andropause désigne la baisse progressive de la testostérone chez l'homme, à raison d'environ 1 % par an à partir de 40 ans. Contrairement à la ménopause, elle n'entraîne pas l'arrêt de la fonction reproductrice et peut s'installer entre 50 et 70 ans, de façon insidieuse et sans rupture franche.

Ce qui distingue l'andropause, c'est surtout son caractère silencieux. Comme je l'entends souvent : les hommes n'osent pas admettre leurs faiblesses, et encore moins qu'ils ont l'impression de décliner. Il est plus masculin de souffrir en silence. En consultation, ils arrivent souvent tardivement, après des mois ou des années de souffrance muette. Les symptômes les plus fréquents : érection plus difficile à obtenir ou maintenir, désir qui fluctue, fatigue persistante, perte de tonus musculaire, irritabilité.

Des traitements existent — substituts de testostérone, molécules facilitatrices de l'érection — mais la solution n'est jamais uniquement pharmacologique. Elle passe aussi par le dialogue dans le couple, et souvent par un accompagnement sexothérapeutique.

La SexoGestalt : une approche globale et holistique

C'est ici que mon approche spécifique trouve toute sa pertinence. La SexoGestalt — que j'ai développée en associant sexothérapie et Gestalt-thérapie — aborde la sexualité non pas comme une performance à maintenir, mais comme une expérience globale à vivre dans toutes ses dimensions.

La Gestalt-thérapie appréhende l'être humain dans sa totalité à travers cinq dimensions en interaction : physique, affective, rationnelle, sociale et spirituelle. Appliqué à la sexualité, ce pentagramme de la fonction érotique permet d'identifier où se situent les blocages réels :

  • Le pôle physique : le corps, ses sensations, sa capacité au plaisir érogène, sa mobilité
  • Le pôle affectif : l'accès à l'intimité, l'échange émotionnel, la tendresse
  • Le pôle rationnel : les connaissances érotiques, l'imagination, les fantasmes
  • Le pôle social : la relation à l'autre, la place de la sexualité dans la vie du couple
  • Le pôle spirituel : la dimension de sens, ce qui transcende l'acte, l'érotisme comme art de vivre

Chez beaucoup de couples qui consultent après 50 ans, le problème n'est pas tant biologique que relationnel et psychique. C'est au pôle affectif que le lien s'est distendu, au pôle rationnel que les croyances négatives ont pris le dessus (« à mon âge, c'est normal de ne plus avoir envie »), au pôle social que le silence a remplacé la parole.

La SexoGestalt apporte aussi la notion d'awareness — cette conscience immédiate et attentive du présent — comme outil fondamental. La plupart des difficultés sexuelles après la ménopause ou l'andropause viennent d'une perte de contact avec soi : on fait l'amour en pensant à autre chose, on anticipe l'échec, on se juge. L'approche gestaltiste invite à revenir à l'ici et maintenant, à ce qui se passe réellement dans le corps et dans la relation, sans jugement.

La roue de l'activité sexuelle : où se situe le blocage ?

Dans mon travail clinique, j'utilise souvent la roue de l'activité sexuelle — un outil issu de la SexoGestalt — pour aider mes patients à identifier précisément où le cycle se bloque. Ce cycle comprend huit étapes : l'intérêt sexuel, le désir, l'excitation, le plateau, l'orgasme, la résolution, la période réfractaire, et l'élaboration psychique.

Cette dernière phase — souvent oubliée — est cruciale après 50 ans. Si un rapport sexuel n'a pas été bien vécu, si l'un des partenaires s'est contraint(e) pour faire plaisir à l'autre, l'élaboration psychique sera négative et la zone réfractaire s'allongera considérablement. À l'inverse, un rapport vécu dans la présence, la complicité et le plaisir partagé — même s'il est moins fréquent qu'avant — renforcera le désir du prochain.

C'est pourquoi je répète à mes patients : mieux vaut une relation mensuelle vécue avec plaisir et présence que des rapports hebdomadaires contraints et anxieux.

L'impact sur le couple : une danse à deux

Au fil du temps, le couple traverse une phase de résolution qui correspond précisément à cette période du vieillissement sexuel. Pour l'homme, l'andropause peut se traduire par une impuissance psychogène — une blessure narcissique de la virilité. Pour la femme, la ménopause peut s'accompagner d'une peur de ne plus être désirée, d'une perte de l'image de soi.

Or l'exercice amoureux est totalement interactif. Si l'un des deux se retire, cela démotive l'autre — et le silence s'installe. Ce que j'observe le plus souvent en consultation, ce n'est pas l'absence de désir : c'est l'absence de communication sur ce désir. Chacun attend que l'autre fasse le premier pas. Chacun interprète le retrait de l'autre comme un rejet. Et la distance se creuse.

La résolution de la dysfonction sexuelle féminine passe parfois par le traitement de la dysfonction masculine, et réciproquement. Ces deux réalités sont intimement liées. C'est pourquoi je reçois fréquemment les couples ensemble, non pour arbitrer un conflit, mais pour restaurer la communication et redonner à chacun la capacité de choisir comment vivre son intimité.

La statistique est là pour rassurer : la sexualité reste importante pour 75 % des couples entre 60 et 80 ans. Ce n'est pas l'exception — c'est la règle.

Slow sex et présence : la vraie révolution après 50 ans

L'un des effets paradoxalement positifs du vieillissement sur la sexualité, c'est la libération de la tyrannie de la performance. À 25 ans, on fait souvent l'amour avec l'angoisse de bien faire. À 55 ans, on peut — si on s'y autorise — faire l'amour avec son corps réel, son désir vrai, son partenaire tel qu'il est.

Je parle souvent à mes patients du slow sex : cette manière de ralentir, de savourer, de se retrouver dans le toucher plutôt que dans l'orgasme comme objectif. Ce n'est pas une consolation pour ceux qui ne peuvent plus « faire comme avant ». C'est une forme d'intelligence érotique que les années permettent de développer — à condition de cultiver les cinq dimensions du pentagramme.

La sexualité après la ménopause et l'andropause peut devenir plus consciente, plus incarnée, plus authentique. Ce n'est pas un amoindrissement — c'est une métamorphose. À condition d'oser en parler, d'oser consulter, et de ne pas laisser le silence devenir la norme.

Les conseils de la sexothérapeute et psychothérapeute

  • Consulter un gynécologue ou un andrologue dès l'apparition des premiers signes : des solutions médicales existent.
  • Parler à votre partenaire — pas une fois, mais régulièrement. Le silence crée une distance qui s'élargit avec le temps.
  • Prendre soin de son corps : activité physique régulière, alimentation équilibrée, sommeil de qualité — tout cela influence directement le désir et l'énergie vitale.
  • Explorer l'approche SexoGestalt : une thérapie brève de 6 à 12 séances peut permettre de renouer avec l'awareness corporelle, d'identifier les blocages psychiques et de retrouver l'élan.
  • Ne pas baisser les bras : même si vous ne faites l'amour qu'une fois par mois, mais que vous le faites avec présence et plaisir, c'est une excellente thérapeutique.

Le sexe a finalement l'âge qu'on lui donne. Et nous vivons la sexualité que nous nous autorisons à cultiver — avec curiosité, bienveillance, et le désir d'être vraiment là, à deux, dans l'ici et maintenant.


Vous vous posez des questions sur votre vie intime après 50 ans ? N'hésitez pas à prendre contact pour un premier entretien confidentiel. La SexoGestalt s'adresse aux femmes, aux hommes et aux couples en thérapie individuelle ou en groupe.

Cet article vous a touché·e ou interpellé·e ?

N'hésitez pas à prendre contact — pour une question, un témoignage, ou simplement pour échanger.

Écrire à Chantal